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Cinéma et DVD

par Laure Foucher

 

Brian de Palma - Redacted

©  D.R./TFM distribution

On ne peut que constater ces derniers mois le déferlement de films, essentiellement américains, portant sur la guerre en Irak. À croire que les réalisateurs essayent de compenser par le cinéma la difficulté des médias à couvrir ce conflit. Brian de Palma, quant à lui, nous plonge dans la vie quotidienne d’un groupe de soldats en garnison à un poste de contrôle à Samarra. Pour rendre cette atmosphère, il s’est surtout inspiré de la masse d’images diffusées sur internet autour de cette guerre, notamment de blogs de soldats, construisant sa propre mise en scène comme ces vidéos d’amateurs. Ce procédé novateur a été récompensé par le prix de la mise en scène à la dernière Mostra de Venise (septembre 2007). L’objectif du réalisateur est d’abord de présenter des images «vraies», «que l’on ne montre pas dans les grands médias». Il confronte le spectateur à une question cruciale : quel est aujourd’hui notre rapport à cette profusion d’images accessibles sur internet ou à travers les médias ? Le mérite du film réside bien dans cette interrogation. Car Brian de Palma s’attache moins à nous faire comprendre pourquoi on en est arrivé là qu’à dénoncer violemment l’horreur du conflit, à la différence du récent film Battle for Haditha, dans lequel le réalisateur Nick Broomfield s’emploie à nous montrer l’humanité de chacun des protagonistes et à décrire la spirale infernale dans laquelle ils sont pris. Les images sont moins choquantes mais sa critique de la conduite américaine de la guerre y est plus subtile.

 2007, drame américain, 1 h 30 Avec Izzy Diaz, Daniel Sherman, Patrick Caroll et Mike Figueroa

Nabil Ayouch - Whaterver Lola wants

 

©  Eric Devin

Lola, jeune postière new-yorkaise, tombe amoureuse de Zack, un séduisant Égyptien. Mais leur relation s’interrompt lorsque celui-ci réalise que Lola souhaite avant tout réaliser son rêve : devenir danseuse professionnelle. Zack retourne au Caire et réintègre le mode de vie familial traditionnel de la haute bourgeoisie locale. Lola, qui débarque peu après de New York à l’improviste, ne parviendra pas à le ramener à elle. Elle décide alors de se consacrer à la danse orientale et part à la recherche de la légendaire danseuse cairote Ismahan. Non sans plaisir, l’on découvre ainsi Le Caire à travers le regard naïf de cette jeune Américaine. C’est une certaine Égypte qui est mise en scène ici, aux accents conservateurs, confrontée à une modernité occidentale « incarnée » par Lola. Cette approche des différences culturelles, tel que l’ambitionne le réalisateur, reste somme toute assez conventionnelle. Mais le film prend une réelle ampleur à travers le couple Ismahan-Lola et notamment dans l’émouvante complicité qui se noue entre l’ancienne danseuse, grave et recluse dans son déshonneur, et son élève impulsive et pétillante de vitalité. La rencontre de ces deux femmes, qui se découvrent et se transforment en se dévoilant l’une à l’autre, est remarquablement interprétée, sur un ton juste et profond, par les actrices Laura Ramsey (Lola) et Carmen Lebbos (Ismahan).

2007, comédie franco-marocaine, 1 h 55 Avec Laura Ramsey, Carmen Lebbos, Assaad Bouab et Achmed Akkabi

 

Jean-Pierre Lledo - Algérie, histoires à ne pas dire

©  D.R.

Jean-Pierre Lledo confronte l’Algérie à l’histoire de son indépendance à travers quatre récits de personnes qui racontent leurs propres souvenirs. Le documentaire commence avec Aziz qui évoque le massacre de sa famille, perpétré par l’armée française en août 1955 en représailles à une insurrection lancée par l’ALN. Sans vouer de haine aux pieds-noirs, il se demande comment on a pu en arriver à tuer ses propres voisins. Cette question est récurrente, et le deuxième récit – l’interview d’une ancienne porteuse de feu –y répond à sa manière : elle explique que l’Algérie devait éliminer tous les gaouri (les non-musulmans), sans distinction aucune, pour obtenir son indépendance. L’utilisation du terme gaouri révèle « un type de pensée où l’ennemi est l’Autre en religion, qu’il soit démuni ou possédant, sympathisant ou opposant au système colonial, [et qui] n’a jamais été déconstruit après l’indépendance ». Et c’est bien ce qui choque dans la plupart de ces récits : l’absence de recul critique sur l’histoire et la permanence des tabous et des mythes de l’histoire officielle sur laquelle le pouvoir a construit sa légitimité. Kheïreddine, un jeune metteur en scène constantinois, représente lui la nouvelle génération qui souffre de la quasi-impossibilité à penser l’histoire de son pays en dehors de l’idéologie officielle. Et c’est ce qui le pousse à interroger lui-même des témoins des tragiques événements du 5 juillet 1962 à Constantine, mais sans véritables succès. Ce documentaire, inégal par moments, dérange l’Algérie où sa projection n’y est pas autorisée à ce jour.

2007, documentaire franco-algérien, 2 h 40


 

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