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Musicales - les CD du trimestre

par Rabah Mezouane

The Rough Guide to Bellydance Café

Network

RGNET 1185CD

L’association des termes « belly dance » et « café » peut prêter à confusion. C’est que la « danse du ventre », à l’origine pratique cultuelle de égypte ancienne, fut ravalée, à partir du xixe siècle, au rang de spectacle de cabaret puis, dans les années 1940-1960, de produit d’appel pour comédies musicales égyptiennes. L’éditeur de cet album aurait donc été mieux inspiré de lui préférer l’appellation d’« oriental dance », même si la danse en question a dépassé les frontières du Proche-Orient en s’implantant à la fois dans le paysage musical européen et dans l’imaginaire américain. Dans cet album, la dominante est égyptienne, avec des nuances baladi et saidi de Haute-égypte, et parfois soufies, grâce à la présence de Sami Nossair, ancien joueur de qanûn au sein de l’Oum Kalsoum’s Orchestra, de Mokhtar al-Saïd, qui fut l’accordéoniste d’Oum Kalsoum, d’Abdel Halim Hafez du Mohamed Ali Ensemble ou de Sami Ali. Cependant, le Liban, à travers le remarquable Mohamed Iskander, la Syrie, personnifiée par le Salatin el-Tarab Orchestra ainsi que par Jalal Joubi, la Turquie, idéalement représentée par Hüseyin Türkmenler, et le Maroc, bien servi par la star Mayodi, proposent également des mélodies très raffinées et des rythmiques bien cadencées. La note d’espoir est fournie par le Nazareth Orchestra, qui a invité pour la circonstance la chanteuse Lubna Salame, née à Haifa (Israël), connue pour ses magnifiques reprises des œuvres d’Oum Kalsoum et de Layla Mourad. Il ne vous reste plus qu’à vous déhancher sans complexes !

Elie Maalouf - Through Life

 

Mosaic Music Distribution ESM 0407

Jazz et musique orientale, la liaison ne date pas d’hier : en 1942, en hommage à un ami disparu, Dizzy Gillespie compose le célébrissime « Night in Tunisia », qui sera repris par Charlie Parker, Miles Davis, Bud Powell et autres Bobby Mc Ferrin. Et fouettera l’imagination de musiciens issus du Maghreb ou du Proche- Orient, qui sauront sceller une union durable entre le binaire de Harlem ou de Chicago et les harmonies des médinas. C’est le cas de l’égyptien Khalil Chahine, des Algériens « Bill » Hamani et Safy Boutella, des Tunisiens Anouar Brahem, Mamdouh Bahr ou Dhafer Youssef. Le Liban n’est pas en reste avec Rabiî Abou Khalil, Toufic Farroukh et, plus récemment, avec le pianiste Elie Maalouf. Ce dernier s’était déjà distingué par des collaborations avec le chanteur kurde Issa ou l’artiste français à texte Yvan Dautin. Le voici enfin auteur d’un album solo, entièrement composé et arrangé par ses soins. Sur fond de titres originaux, évoquant parfois la nostalgie, un peu la mélancolie et quelquefois le sourire retrouvé, Elie nous invite, tout d’abord à pas feutrés, dans son univers qui rappellera aux initiés une cave du quartier Latin ou des Halles, mais aurait pu tout aussi bien se situer à Beyrouth ou au Caire, pour le côté intimiste et enfumé… avant un laisser-aller total au travers d’une danse frénétiquement menée. Pour parfaire son ouvrage, Maalouf s’est entouré de musiciens hors pair comme Joshua Levitt (saxo, flûte ney…), Hubert Dupont (contrebasse), Elie Duris (batterie) et Yousse Hbeish (percussions).

 

Orchestre National de Barbès - Alik

Soudani/Wagram  3130492

Le grand public a découvert ce groupe fondé au milieu des années 1990 à travers la scène, qui semble être son habitat naturel. Ils sont douze, comme les Apôtres, mais quand ils se mettent en mouvement, on les croirait possédés ! Seraient-ils de connivence avec le diable, comme ils le clament ici dans une reprise gnawa-rock du Sympathy for the Devil des Stones ? Sans aucun doute, si l’on en croit leur tempo d’enfer, et leur détermination tout feu tout flamme à revisiter le patrimoine maghrébin. à travers ce troisième album, l’Orchestre National de Barbès rappelle qu’il n’a rien perdu de son énergie ni de son imaginaire musical. Il fait surtout revivre, de manière tonitruante et subtilement arrangée, bien des morceaux puisés dans la culture de l’exil. Avec lui, le standard « Carte de résidence » (également repris par Origines contrôlées), écrit par le regretté chanteur kabyle Slimane Azem, sort de sa torpeur originelle pour prendre des allures oscillant entre zouk et rumba zaïroise, teintées de m’balax. Autres exemples : l’aimable « Civilisi » du citadin bédouin oranais Cheikh Mamachi est pris d’une frénésie rock tout en gardant un accent raï des champs, tandis que le rigolo « La Rose », chanté jadis par Mohamed Mazouni, le yéyé immigré algérien des années 1960-1970, pourrait faire les beaux soirs d’une guinguette clandestine sur la Marne. Alik signifie en jargon raï « attention ! », une attention que ce disque mérite, à justes titres rock ‘nd bled.

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