Les livres du trimestre
Romans
Zoyâ Pirzâd
Un jour avant Pâques
Zulma, 2008, 144 p., 16,50€
Ce sont trois moments de la vie d’Edmond, directeur de l’école de la communauté arménienne de Téhéran. L’enfance au village entre l’école, l’église et le cimetière. Bien plus tard, quand sa fille Alenouche annonce son mariage avec Behzad, un musulman. Et puis au soir de sa vie, devenu veuf et sans liens avec sa fille partie vivre sa vie. Pirzâd procède par touches délicates et suggestives, à la manière de l’aquarelliste, pour décrire un monde dont les valeurs et les rituels cèdent à l’érosion du temps et aux caprices des jeunes filles. Z. F.
Gianni De Martino
Hôtel Oasis
Traduit de l’italien par Christian Pirlet - Précédé d’écrire l’amour d’homme à homme d’Alberto Moravia Ed. Biliki, Bruxelles, 2008, 184 p., 16€
Après son mariage, Matilde change ; elle ne suivra jamais plus Peter dans la vie de libertinage sans fin qu’ils avaient entamée. à Kébira au Maroc, lui se réfugie avec le souvenir d’Aliwa à l’hôtel Oasis où viendra Majid. Pour raconter l’homosexualité, De Martino, qui mêle la rêverie au style direct et cru, s’appuie sur l’ethnographie. Analysant les mots et les comportements, il propose une étude du langage érotique et du comportement sexuel dans la culture arabo-musulmane. Dans une écriture que Moravia juge plus sincère que celle de Gide dans Les Immortels. Z. F.
Nourredine Saadi
Il n’y a pas d’os dans la langue
L’Aube, 2008, 142 p., 13,80€
Un ancien mineur installé dans le nord de la France repense à son enfance en Algérie. Plein de nostalgie, il se souvient des bancs de l’école, mais aussi de l’arrivée des soldats français chez lui durant la guerre et de son père emmené et absent pendant de longs mois. Les scènes de torture décrites dès les premières lignes et qui rendent un peu difficile l’entrée en matière, rappellent cette époque. Sur son histoire se greffent d’autres petites histoires, qui forment de courts chapitres annexes, qui nuisent un peu au lien entre l’histoire du personnage central et ces autres récits. I. P.
Habib Tengour
Le Maître de l’heure
Éditions de la Différence, 2008, 184 p., 15€
Zerrouqi est chargé par son père d’une mission un peu étonnante : récupérer à Alger la tête de son frère décapité par les Turcs. L’histoire semble mêler des événements contemporains à des légendes ou autres récits fabuleux dans les méandres desquels on se perd parfois. I. P.
Abdellah Taïa
Une mélancolie arabe
Seuil, 2008, 141 p., 13€
De mélancolie amoureuse, il est davantage question ici. L’auteur dévoile une part de sa vie difficile, mais avec ses moments de bonheur aussi. Adolescent, il a grandi dans les quartiers pauvres de Salé au Maroc où il essaye de trouver des espaces de rêve et de liberté, surtout avec des garçons vers lesquels vont ses phantasmes. Puis, l’enfant a fait son chemin. Il vit désormais en France et livre ici les brides de cette nouvelle histoire qu’il tente difficilement de construire. I. P.
Littérature
Anne Duprat et Emilie Picherot (dir.)
Récits d’Orient dans les littératures d’Europe (XVIe –XVIIe siècles)
Presses de l’Université Paris-Sorbonne, 2008, 391 p., 28€
Les XVIe et XVIIe siècles sont marqués par la figure du Turc ottoman qui menace l’Europe depuis l’est (Balkans) et le sud (Tunis et Alger). Dans le même temps, la chute de Grenade et l’expulsion des Maures inventent « pour l’Europe le modèle d’une nostalgie paradoxale ». « Poèmes, pièces et romans inspirés par ces affrontements, et par la mémoire vive de cette séparation s’imposent alors, au plein sens du terme, comme une littérature du présent dans l’Europe au seuil de la modernité » (Anne Duprat). Trois parties organisent les études très fouillées de cet ouvrage qui ne s’arrête pas aux auteurs célèbres (Cervantès, Galland…) : la première est consacrée aux « suites » de Grenade, la seconde aux récits de course (piraterie et barbaresques) et la troisième à la mise en scène de l’Orient dans la littérature. Z. F.
Revue germanique internationale
Itinéraires orientalistes entre France et Allemagne 2007/2008
CNRS Editions, 230 p., 30€
La critique rituelle de l’orientalisme ignore souvent l’apport des Allemands, pourtant fondamental. Les contributions de ce numéro de la Revue germanique internationale apportent un éclairage inédit sur les échanges intenses entre les savants français et allemands au XIXe siècle. Correspondances scientifiques, voyages d’étude à Paris « Mecque de l’orientalisme », rôle des sociétés asiatiques, influence de savants tels Sylvestre de Sacy, éclairent les échanges qui ont permis aux deux traditions orientalistes de se féconder. Z. F.
Ibtisam Zainoun
Roman maritime, un langage universel. Aspects mythologiques
L’Harmattan, 2007, 281 p., 25€
Il y aurait une sorte de roman maritime universel, en d’autres termes, un langage romanesque commun à des auteurs aussi différents que Victor Hugo, Joseph Conrad, Ernest Hemingway et le Syrien Hannah Mina. Z. F.
Koichiro Hata
Voyageurs romantiques en Orient. Etude sur la perception de l’autre
L’Harmattan, 2008, 410 p., 40€
L’auteur montre que la perception de l’autre n’est pas la même chez tous les auteurs français qui se sont succédé en Orient au début du XIXe siècle. De surcroît, les frontières mouvantes entre l’Orient et l’Occident, dues aux composantes multiples du Levant, se compliquent avec l’occidentalisation d’une couche de la population. Z. F.
Biographies
Charles Pellat
Une vie d’arabisant
Ed. de la Librairie Abencerage, Paris, 2007, 167 p., 25€
Ceux qui ont eu la chance de l’entendre à la Sorbonne dans les années 1970 auront gardé le souvenir d’un arabisant hors pair, qui aimait dire : «De mon temps, à Bagdad au IXe siècle…», tant il avait pénétré l’œuvre d’al- Jâhiz auquel il avait consacré sa thèse. Le traducteur du Livre des avares d’al-Jâhiz avait confié ses mémoires à sa fille qui hésita pendant vingt ans avant de les remettre à M. Ghozzi, patron de la Librairie Abencérage. C’est que Pellat avait son franc-parler et son texte n’est pas toujours tendre à l’égard de ses collègues, même les plus prestigieux. Sur la période de l’après-guerre et de la décolonisation, il n’existe pas d’étude d’histoire culturelle, sociale et politique de l’orientalisme français. Le témoignage de Pellat n’en est que plus précieux, même si, relatant l’atmosphère d’après-mai 68, il ne livre pas toutes les clés pour comprendre le sabordage par la génération suivante des piliers de l’orientalisme. Z. F.
Marie-Odile Delacour et Jean-René Huleu
Le Voyage soufi d’Isabelle Eberhardt
Ed. Joëlle Losfeld, 2008, 257 p., 21€
Née en 1877 à Genève d’un père inconnu, Isabelle Eberhardt quitte la Suisse pour s’installer avec sa mère en Algérie en 1897. Elle apprend l’arabe, lit le Coran et se convertit à l’islam. Son premier contact avec le soufisme se fait au voisinage d’une confrérie, les Rahmaniya de Annaba. Mais sa mère meurt et Isabelle est contrainte de retourner en Suisse. L’année suivante, elle se rendra en Tunisie, puis, après un séjour à Paris, de nouveau à Alger pour vivre pleinement sa religion. Mais «pour être libre et musulmane, Isabelle Eberhardt doit vivre au masculin». Les auteurs, qui ont publié de nombreux ouvrages sur Isabelle Eberhardt, retracent ici les étapes de sa vie, terminée tragiquement en 1904 dans la crue d’un oued. En intercalant de longs textes d’Isabelle, ils nous donnent à entendre les paroles d’une femme exceptionnelle. Z. F.
Pierre Grouix
Une jeunesse marocaine
Ed. du Rocher, 2008, 303 p., 19,90€
« J’aimerais connaître mon père comme si je l’avais fait. » Ainsi débute l’enquête de Pierre Grouix sur son père, un homme peu loquace qui a grandi et vécu à Fès au temps du protectorat. De l’émigration en Algérie à l’installation au Maroc, c’est l’histoire d’une génération attirée par le mirage colonial avant de se faire à la réalité. L’auteur s’est beaucoup documenté pour construire, à partir des bribes de souvenirs, des lettres et des photographies, le récit des Français du Maroc, si différent de celui des Français d’Algérie. Z. F.
Religion
Jacqueline Chabbi
Le Coran décrypté. Figures bibliques en Arabie
Fayard, Bibliothèque religieuse, 2008, 415 p., 26€
Dans le prolongement de son précédent ouvrage Le Seigneur des tribus. L’islam de Mahomet (Noésis, 1997), Jacqueline Chabbi poursuit sa lecture du Coran « non pas du point de vue de la religion, de la théologie ou d'une recherche de dialogue, mais tout simplement du point de vue de l'anthropologie et de l'histoire ». Elle étudie ainsi la manière dont les récits bibliques se sont adaptés au milieu singulier de l’Arabie. Elle s’attache notamment aux figures de Moïse et Abraham en essayant de saisir, à son début, le processus de leur intégration dans un univers tribal et encore païen. Z. F.
Le Coran - Texte arabe et traduction française par Sami Awad Aldeeb Abu-Sahlieh
Éd. De L’Aire, Vevey (Suisse), 2008, 579 p., 31, 20€
Le Coran - Traduit par Jean Grosjean
Folio/Gallimard, 2008, 395 p., 7,90 €
Encore une traduction !, dira-t-on. De fait, celle d’Abu-Sahlieh, juriste suisse d’origine palestinienne, vient se surajouter à près d’une quinzaine qu’on trouve en librairie. Elle prend en compte les leçons des prédécesseurs, écrit l’auteur. Mais son grand intérêt est de présenter une organisation des versets suivant un ordre chronologique. On sait en effet que les chapitres ou sourates qui forment le Coran sont composés de versets appartenant à différentes époques que les sciences coraniques se sont évertuées de déterminer. Abu-Sahlieh a suivi ici le point de vue orthodoxe d’al-Azhar. Saluons également la parution en poche de la traduction de Grosjean. Z. F.
Jean-Claude Ceillier
Histoire des Missionnaires d’Afrique (Pères Blancs). De la fondation par Mgr Lavigerie à la mort du fondateur (1868-1892)
Ed. Karthala, 2008, 303 p., 29€
L’auteur, qui est lui-même membre de la Société des missionnaires d’Afrique, plus connus sous le nom de Pères Blancs, retrace l’histoire de la congrégation en s’appuyant sur quantité d’archives inédites. Sa création par le cardinal Lavigerie, dès sa nomination comme archevêque d’Alger en 1867, vise à évangéliser toute l’Afrique, à une exception près : les Pères Blancs s’installent en 1877 au couvent Sainte-Anne de Jérusalem à la demande du gouvernement français et se consacrent bientôt à la formation du clergé grec melchite (catholique). Z. F.
Histoire
Henri-Jean Martin
Aux sources de la civilisation europénne
Albin Michel, 2008, 700 p., 28€
Achevée avant sa mort, l’enquête, inattendue et passionnante, du grand historien du livre combine une réflexion sur les rapports de l’homme à son environnement et une remontée aux origines des Européens depuis l’avènement de l’Homo sapiens. Z. F.
Société
Brian Whitaker
Parias. Gays et lesbiennes dans le monde arabe
Demopolis, 2008, 237 p., 21€
En 2001, le procès retentissant d’homosexuels pris au cours d’une rafle dans une boîte de nuit du Caire avait fortement ému le correspondant du Guardian. Lequel décida de mener une enquête sur la condition réservée aux gays et lesbiennes dans le monde arabe. En réalité, seuls Le Caire et Beyrouth s’y prêtaient, mais l’auteur a pu, grâce à des témoignages (directs ou glanés sur Internet ou dans des livres) reconstituer les situations très contrastées offertes par des pays comme la Syrie ou l’Arabie saoudite tant au regard de la loi que des attitudes sociales et familiales. Z. F.
Algérie
Frédéric Abécassis et Gilbert Meynier
Pour une histoire franco-algérienne. En finir avec les pressions officielles et les lobbies de mémoire
La Découverte, 2008, 252 p., 20€
Cet ouvrage est un modèle de complémentarité possible entre l’édition papier et l’édition électronique. Il « propose une mise en perspective des actes » d’un colloque tenu sur le même sujet à Lyon en 2006, consultable en son intégralité sur www.colloque-algérie.ens-lsh.fr. Bilan des acquis du colloque, destiné au grand public, à la communauté et au monde scientifique, il est en même temps un outil permettant de s'orienter dans les grands conflits de mémoire qui interdisent encore de construire une histoire partagée. Z.F.
Fatima Besnaci-Lancou et Gilles Manceron (dir.)
Les Harkis dans la colonisation et ses suites
Ed. de l’Atelier, 2008, 224 p., 24,90€
Qui étaient vraiment les harkis ? Des supplétifs de l’armée coloniale, des hommes employés à des tâches modestes ? Comment ont- ils été abandonnés par la France ? Pourquoi l’Algérie persiste-t-elle à les traiter en parias ? Les textes rassemblés dans ce volume sont issus des actes d’un colloque tenu à l’Assemblée nationale en 2006. Ils font le tour d’une question complexe et douloureuse, restée longtemps un tabou en France et demeurant «un point aveugle» dans la vision officielle algérienne. On en mesurera l’importance en lisant le jugement particulièrement sévère des directeurs de l’ouvrage qui accusent le gouvernement français de « crime d’Etat ». Z. F.
Jim House et Neil MacMaster
Paris 1961. Les Algériens, la terreur d’Etat et la mémoire
Ed. Tallandier, 2008, 538 p., 25€
C’est un mythe fondateur de la république gaullienne (et par conséquent de la Ve République) que les deux chercheurs anglo-saxons ébranlent au terme de leur enquête sur la répression des manifestations algériennes du 17 octobre. Non, de Gaulle n’a pas, par peur des militaires, simplement toléré la plus grande violence qu’une capitale européenne eût connue depuis la Seconde Guerre mondiale !, affirment les chercheurs. Ce qui s’est passé à Paris ce jour-là serait en fait le transfert en métropole de la violence coloniale dont l’un des acteurs majeurs, Maurice Papon, avait fourbi le système au Maroc puis en Algérie. Au-delà, ces événements participaient de l’offensive militaire que de Gaulle et Debré menèrent jusqu’en septembre 1961 en vue d’évincer le FLN et de trouver des interlocuteurs plus favorables aux intérêts français dans le Sahara. Z. F.
Michel Winock
1958. La naissance de la Ve République
Découvertes Gallimard, 2008, 128 p., 13,50€
C’est la guerre d’Algérie qui fait tomber le gouvernement Guy Mollet. Appelé au pouvoir, de Gaulle exige de mettre en place une nouvelle Constitution qui sera proclamée le 8 janvier 1959. C’est cette année cruciale que fait revivre l’auteur de La République se meurt. A noter la réédition chez le même éditeur de Appelés en guerre d’Algérie de Benjamin Stora 1997, 2008, 128 p., 12,50€ et de La Guerre d’Algérie de Alain-Gérard Slama (1996, 2008, 176 p., 14€)
Politique
Åsne Sejerstad
Cent un jours à Bagdad
Intervalles, 2008, 334 p., 22 €
Rajiv Chandasekaran
Dans la zone verte. Les Américains à Bagdad
Traduit de l’anglais par Gilles Berton et Raymond Clarinard - Ed. de l’Olivier, 2008, 395 p., 22€
Å. Sejerstad est norvégienne et elle travaille pour plusieurs médias scandinaves, jugés trop mineurs pour être surveillés par la censure supervisée par le fils de Saddam Hussein. Il n’empêche. On lui impose un guide et des visites rituelles en guise de reportage. Mais Sejerstad est obstinée et, au fil des semaines qui précèdent le déclenchement de la guerre, elle réussit à faire des entretiens et à pénétrer dans des maisons d’Irakiens ordinaires. Expulsée vers Amman, elle revient à Bagdad à temps pour assister à la débandade du régime et à sa chute. Le récit exemplaire de la journaliste trouve un prolongement dans l’étude remarquable de l’envoyé spécial du Washington Post sur la bulle créée par l’administration américaine à Bagdad, appelée « zone verte ». Parti en mars 2003, il était revenu le 10 avril, lendemain du jour où la statue de Saddam Hussein fut renversée, et il resta jusqu’en septembre 2004. C’est plus tard, à partir de notes, de documents et d’entretiens avec tous les responsables américaines d’Irak qu’il composa son livre sur la machine bureaucratique bicéphale (armée et Département d’Etat) censée remettre l’Irak sur pied en trois mois ! Z. F.
Sophie Pommier
Egypte. L’envers du décor
La Découverte, 2008, 300 p., 22,50€
Politique africaine N°108
Dossier : « L’Egypte sous pression »
Ed. Karthala, décembre 2007, , 232 p., 19 €
Il convient de saluer tout d’abord la parution en français d’un ouvrage synthétique sur l’Egypte d’aujourd’hui destiné à un large public. Toutefois, le grand mérite du livre de Sophie Pommier est de présenter un bilan sans complaisance d’un régime « qui jouit d’une image indéfectiblement favorable, que les quelques articles ou reportages qui se proposent de lever un coin du voile […] ne parviennent pas à écorner ». L’auteur montre ainsi que la mutation profonde qu’a connue l’égypte en trente ans n’a pas entamé pour autant le pouvoir de la nomenklatura et son emprise sur la société. Et en dépit du programme de « libéralisation » politique et économique, la situation des classes moyennes et populaires s’aggrave, de même que les tensions sociales et politiques. On complètera cette lecture par le dossier que la revue Politique africaine a consacré à l’Egypte avec des articles excellents, notamment ceux de Tewfik Aclimandos sur les Frères musulmans ou de Nathalie Bernard-Maugiron sur le « printemps des juges ». Z. F.
Vali Nasr
Le Renouveau chiite
Ed. Demopolis, 2008, 310 p., 22€
L’auteur n’est pas un inconnu : ses articles documentés et percutants dans le New York Times sont toujours appréciés des lecteurs. Comme dans cet ouvrage achevé en 2006, il ne fait pas montre de frilosité et retrace la montée de l’antagonisme entre chiites et sunnites depuis les origines. Mais surtout depuis le déclin du nationalisme arabe (chapitre 3) et les ambitions nouvelles de la révolution islamique iranienne. L’affrontement entre l’Iran khomeinite et l’Arabie saoudite wahhabite dans le sous-continent indien et l’Afghanistan (chap. 5, La lutte des fondamentalismes islamiques) sonnait le début du « moment prussien de l’Iran » qui a pu tirer avantage des guerres d’Afghanistan (2001) et d’Irak (2003) pour accélérer « la chute du mur sunnite ». Dans une postface de 2007, Vali Nasr analyse l’impact du dernier épisode de l’avancée chiite, suite à la résistance du Hezbollah face à Israël en 2006. Après les affrontements récents à Beyrouth, le retournement des masses arabes sunnites contre le parti de Dieu semble confirmer les craintes exprimées par l’auteur sur l’avenir des relations entre les deux communautés. Z. F.
Sabrina Mervin (dir.)
Le Hezbollah. Etat des lieux
Sindbad, 2008, 388 p., 23€
L’ouvrage rassemble des contributions de chercheurs sur un parti « qui garde jalousement les secrets qui garantissent sa survie ». Dès lors, l’enquête s’attache aux « lieux où se manifeste le Hezbollah », et « à la manière dont il se donne à voir et se comporte ». Z. F.
Saveurs
Lilia Zaouali
Medieval Cuisine of the Islamic World
University of California Press, 2007, 224 p., 16,85€
Avant de relever de la gastronomie, la nourriture était affaire de santé et les Arabes ont très tôt traduit les livres des Grecs, dont Galien. Le plus ancien texte de cuisine arabe parvenu jusqu’à nous, celui d’Ibn Sayyâr, date du xe siècle, mais il fut certainement précédé d’autres ouvrages portant le même titre de Kitâb al-tabîkh (Le livre de la cuisine), comme l’atteste l’encyclopédiste Ibn al- Nadîm. Pour proposer 174 recettes à l’amateur de cuisine ancienne, Lilia Zaouali a exploité trois autres ouvrages bien postérieurs (xiiie siècle) originaires l’un de Syrie, l’autre d’égypte et le troisième d’Andalousie. Une longue introduction fait le tour de la question tant au plan historique que documentaire. A noter que bien des recettes peuvent être appliquées telles quelles. Restent les quantités. Il suffit de suivre les recommandations des auteurs : « Faites comme bon vous semble ! » Z. F.
Nawal Nasrallah
Annals of the Caliphs’ Kitchens Ibn Sayyar al Warraq’s Tenth-Century Baghdad Cookbook
English translation with introduction and glossary - Brill. Islamic history and civilization studies and texts, 2007, 867 p., 139€
Nawal Nasrallah a reçu en avril 2008 le prix du Gourmand World Cookbook Awards pour «The Best translation in the World». Kitâb al- tabîkh d’Ibn Sayyâr al-Warrâq (Xe siècle) est le livre de recettes de cuisine le plus ancien en langue arabe. Sa valeur est d’autant plus grande qu’il conserve les recettes de cuisine du ixe siècle abbasside. Nawal Nasrallah a traduit ses 600 recettes et nombreux poèmes, les conseils diététiques et les manières de tables recommandées par l’auteur. Elle a consacré 300 pages à un glossaire culinaire médiéval arabe – le résultat d’une recherche savante extrêmement poussée, qui pourrait constituer à lui seul un petit dictionnaire unique dans son genre. L. Z.
Mirella Galletti et Fuad Rahman
Kurdistan, cucina e tradizioni del popolo curdo
Ananke, Turin, 2008, 111 p., 12,50€
Mirella Galletti s’appuie sur le lien entre nourriture et terre pour retracer une histoire de la cuisine kurde, celle du Kurdistan qui au- delà des divisions politiques est un territoire de frontière aux marges de mondes culturels différents : arabe, persan, turc et russe. La proximité des Arméniens et des Azéris, la présence de juifs au Kurdistan dans le passé, les échanges très anciens avec leurs voisins et le large emploi du persan et du turc font que la tradition culinaire des Kurdes n’est pas seulement attachée à la terre qui renvoie à la culture rurale et à une cuisine paysanne basée sur les produits locaux. Le coauteur, Fuad Rahman, restaurateur à Turin, né à Kirkouk en Irak, propose des recettes typiquement kurdes dont celle du parda pilaw qui rappelle l’origine de son père né dans la région de Mahabad en Iran. L. Z.
Récits de voyage
Yvonne Bercher
Syrie et Égypte
Thélès, 2007, 208 p., 15,90 €
Docteur en droit, l’auteure étudie la langue arabe depuis de nombreuses années. Désireuse de confronter ses connaissances avec la réalité des pays arabes, elle a décidé d’en visiter quelques-uns et d’y faire si possible plusieurs voyages. À travers ce texte, récit de deux voyages en Syrie et d’un séjour en Égypte effectués entre 2003 et 2005, l’auteure retranscrit avec un ton juste cette volonté qu’elle avait au départ de rencontrer les gens, de découvrir comment ils vivent, de s’imprégner de l’atmosphère de chaque région. C’est à une balade qu’elle nous convie à travers la Syrie et l’Égypte, en mêlant ses impressions personnelles, des retours sur l’histoire et des anecdotes. Sans occulter pour autant les désagréments inhérents à ses voyages. I. P.
Jeunesse
Mohamed Kacimi
Aujourd’hui en Algérie
Illustrations de Charlotte Gastaut et Christian Heinrich - Gallimard jeunesse, 2008, 64 p., 12,90€ - De 8 à 12 ans
Yanis est un petit garçon de 11 ans qui vit à Alger dans un appartement du quartier Belcourt. La petite famille, sa grand-mère, sa mère et sa sœur, se serrent dans un petit appartement alors que son père est technicien sur une base de pétrole dans le désert. Le grand-père vit lui toujours en Kabylie dans un petit village. À travers les yeux de Yanis, c’est la vie d’un petit garçon algérois qui est racontée avec la place de l’école, de la religion et le ramadan et bien sûr des premières rencontres amoureuses. I. P.
Ces brèves ont été rédigées par Zayd Fahmi, Ingrid Perbal et Lilia Zaouali